Une bouteille de jus vendue à 21 dollars américains dans un supermarché de Kinshasa, contre 2 euros en France. Ce simple post sur les réseaux sociaux a suffi à déclencher une onde de choc parmi les consommateurs congolais, déjà éprouvés par une inflation persistante. Face à l’indignation populaire, le ministère de l’Économie nationale a dépêché ce jeudi 7 Août une délégation, conduite par le Directeur de Cabinet du ministre Daniel Mukoko Samba, pour une descente sur terrain dans plusieurs supermarchés de la capitale.
La mission de cette délégation était claire : vérifier les écarts de prix des produits de consommation courante et identifier les pratiques spéculatives. Le constat est sans appel : certains produits importés sont vendus à des tarifs exorbitants, sans justification apparente. Le cas du jus à 21 dollars n’est pas isolé. D’autres boissons sucrées, comme les casiers de Coca ou Fanta, atteignent jusqu’à 11,85 dollars, tandis que des produits locaux comme le lait ou le sucre ont vu leurs prix grimper de manière inquiétante.

Cette visite s’inscrit dans une série d’actions initiées par le gouvernement pour lutter contre la vie chère. Depuis décembre 2024, des mesures fiscales ont été prises, notamment la suspension de la TVA sur huit produits essentiels et la réduction des droits de douane. Ces efforts ont permis une baisse de 5 à 11 % sur des denrées comme le riz, le sucre et la viande.
Mais les disparités entre les marchés populaires et les grandes surfaces persistent, alimentant un sentiment d’injustice chez les consommateurs. Dans les allées des supermarchés visités, les clients expriment leur frustration : « Comment expliquer qu’un jus coûte plus cher ici qu’en Europe, alors que nos salaires sont bien plus bas ? », s’indigne une mère de famille à Gombe. D’autres pointent du doigt le manque de régulation et l’opacité des circuits d’importation.

Le Directeur de Cabinet du ministre a promis un suivi rigoureux et des sanctions contre les pratiques abusives. Des mécanismes de contrôle des prix devraient être renforcés, en collaboration avec la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) et les importateurs. L’objectif : garantir que les baisses décidées par le gouvernement atteignent réellement les consommateurs. Ce dossier illustre les tensions croissantes entre le coût de la vie et le pouvoir d’achat à Kinshasa. Si la réaction du ministère est saluée, elle devra s’accompagner d’une réforme structurelle du marché de la distribution pour éviter que les supermarchés ne deviennent des zones d’exclusion économique. Le jus à 21 dollars n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond : celui d’une économie à deux vitesses.
Gauthier TEDIKA
