Par Christian ILUNGA, Expert en Communication des Organisations et Politiques.

La journée dite ville morte, décrétée par l’opposition ce 3 juin 2026 à Kinshasa, n’a pas seulement révélé les limites de ceux qui occupent des responsabilités au sein des ministères et entreprises publiques ; elle a surtout mis en évidence une faillite stratégique dans la gestion de la communication de crise.
Par de simples messages diffusés sur les réseaux numériques, sans grands moyens financiers ni humains, l’opposition a réussi à imposer un agenda politique. La force de cette initiative résidait dans sa sobriété : une communication ciblée, discrète propre à ses limites.
Face à cette initiative, le pouvoir, par le biais des responsables précités, a déployé une riposte musclée, mobilisant d’importants moyens de communication coûteux, logistiques et sécuritaires. Ce déploiement, loin de neutraliser l’appel de l’opposition, a paradoxalement a servi de caisse de résonance et exploité la psychologie renversée propre au contexte kinois, qui n’agit lorsqu’on lui dit le contraire de ce qu’il veut entendre ou faire. Les scènes observées rappelaient davantage des campagnes de sensibilisation de masse à l’allure de celles sur la vaccination ou l’épidémie d’Ebola que la gestion discrète d’une crise.
Le plus grand faux pas fut la multiplication de communiqués ministériels au ton menaçant. Ces messages, censés encourager les fonctionnaires, employés et Kinois en général à vaquer calmement à leurs occupations, ont au contraire suscité la curiosité et installé la peur chez des citoyens qui, initialement, n’étaient pas concernés par les canaux de communication de l’opposition. En voulant occuper seuls le terrain médiatique, certains responsables ministres, directeurs généraux ont offert une vitrine gratuite à l’initiative adverse.
La communication de crise exige maîtrise. Face à une crise, certaines attitudes s’imposent pour gérer le moment. La discrétion maîtrisée comme l’une des attitudes à adopter pendant une crise de communication aurait été nécessaire particulièrement, si ces responsables avaient été entourés de professionnels capables de lire le temps social. En confiant la riposte à des voix trop institutionnelles et trop officielles, le pouvoir a manqué l’occasion d’étouffer l’initiative dans l’indifférence. Une gestion interne, confiée aux directions proches des employés et sans éclat médiatique, aurait permis de réduire l’impact ; la réussite ou moins de l’opposition n’aurait alors pas été au rendez-vous.
Le 3 juin 2026 restera comme un cas d’école : celui où l’opposition, sans aucun militant dans la rue, a réussi son pari non pas par la force de ses moyens, mais grâce aux maladresses de ses adversaires. Cette journée rappelle que communiquer, c’est avant tout savoir se taire au bon moment.

