Tribune de Maître Mantobo Bikundu Rossy : Élections sous occupation : un déni de souveraineté en Rdc

À l’horizon 2028, la République Démocratique du Congo se trouve face à une contradiction historique majeure. D’un côté, la Constitution impose l’organisation périodique d’élections générales. De l’autre, une partie du territoire national notamment à l’Est demeure sous occupation étrangère, échappant au contrôle de l’État. Cette situation soulève une question fondamentale : peut-on organiser des élections sur un territoire amputé, fragmenté, et privé de souveraineté réelle ?

La réponse est non. En droit international, en doctrine, en coutume et par comparaison avec d’autres cas, il est établi qu’aucun État n’est tenu ni même autorisé à organiser des élections nationales tant que son intégrité territoriale et l’égalité de participation des citoyens sont compromises.

Le droit international comme fondement

La Charte des Nations Unies interdit l’occupation d’un territoire par la force et consacre l’égalité souveraine des États. Le droit international humanitaire, notamment la Convention de La Haye et les Conventions de Genève, précise qu’un État sous occupation ne peut exercer ses fonctions politiques normales. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) exige des élections authentiques, universelles et égalitaires conditions impossibles à remplir si des millions de citoyens sont déplacés ou exclus. Organiser des élections dans ces conditions reviendrait à entériner une souveraineté tronquée et à violer les principes fondamentaux du droit international.

Doctrine et jurisprudence : la souveraineté doit être effective

La doctrine d’Oppenheim affirme que la souveraineté doit être effective pour qu’un processus électoral soit légitime. La jurisprudence internationale, notamment les avis de la Cour internationale de justice (CIJ) sur la Namibie et le Timor Oriental, confirme que le droit à l’autodétermination ne peut s’exercer que dans un contexte d’intégrité territoriale. Le Comité des droits de l’homme rappelle que le suffrage universel doit inclure tous les citoyens sans discrimination territoriale.

Une coutume internationale bien établie

La pratique des Nations Unies est constante : aucun scrutin n’est reconnu comme légitime sous occupation étrangère. Le Cambodge, le Timor-Est, le Soudan du Sud ou encore le Kosovo ont tous vu leurs élections reportées jusqu’à la restauration de leur souveraineté territoriale. Ces précédents consacrent une règle coutumière universelle : pas d’élections valables sous occupation.

Comparaisons internationales : des leçons claires

Des cas emblématiques renforcent cette position. En Palestine, les élections ont été reportées à plusieurs reprises en raison de l’occupation israélienne. À Chypre, les scrutins organisés dans la zone occupée par la Turquie sont considérés comme illégitimes. Au Sahara occidental, aucun référendum d’autodétermination n’a pu être organisé depuis 1991. En Ukraine, les territoires de Crimée et du Donbass ne sont pas intégrés aux scrutins nationaux, et les élections organisées par la Russie y sont déclarées nulles. Enfin, au Kosovo, tant qu’il était sous administration internationale, les élections serbes n’y étaient pas reconnues.Dans tous ces cas, la communauté internationale a reconnu que l’occupation bloque le droit à des élections libres et authentiques.

Le cas congolais : une démocratie en sursis

La RDC vit une situation similaire : des zones entières échappent au contrôle de Kinshasa, des populations déplacées sont privées de leurs droits civiques, et l’unité territoriale est compromise. Organiser des élections en 2028 violerait la Constitution congolaise, le PIDCP, la Charte des Nations Unies et la coutume internationale.

La seule voie légitime consiste à différer les élections jusqu’à la restauration de l’intégrité territoriale et à mettre en place une transition souveraine conforme au droit constitutionnel et international.

La démocratie ne peut s’épanouir sur un sol occupé. Voter sans territoire libre, c’est trahir le peuple. La véritable élection de 2028 ne se joue pas dans les urnes, mais dans la reconquête de la souveraineté. La RDC a le droit et le devoir de suspendre le processus électoral tant que l’occupation persiste.

Car sans souveraineté, il n’y a pas de démocratie. Et sans démocratie, il n’y a pas de paix durable.

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