_Le 20 octobre 2025, la scène politique congolaise est secouée par une manœuvre qui, sous des airs de transition institutionnelle, révèle une stratégie de consolidation du pouvoir : Aimé Boji Sangara, ministre de l’Industrie, quitte le gouvernement pour se repositionner à l’Assemblée nationale, avec l’ambition de succéder à Vital Kamerhe au perchoir._
Officiellement présentée comme une reconversion, la démission d’Aimé Boji intervient quelques semaines après le remaniement ministériel d’août 2025. Mais derrière cette sortie calculée se dessine une opération de repositionnement orchestrée avec minutie. Boji ne quitte pas le pouvoir : il change de levier. En réintégrant l’hémicycle comme député national, il vise la présidence de la chambre basse, un poste stratégique pour contrôler l’agenda législatif et verrouiller les équilibres internes.
La plénière convoquée au Palais du Peuple pour valider les pouvoirs des députés réintégrés, dont Boji, est présentée comme une formalité. Mais elle marque en réalité le début d’un processus de captation du pouvoir parlementaire.
La candidature de Boji est portée par l’Union sacrée, coalition présidentielle dirigée par Félix Tshisekedi. Ce soutien, loin d’être neutre, soulève des interrogations : s’agit-il d’un appui politique ou d’une désignation imposée ? Plusieurs sources évoquent un soutien direct du chef de l’État, qui verrait en Boji un successeur naturel à Kamerhe, contraint à la démission le 22 septembre dernier.
Boji, proche du président, s’affiche désormais comme stratège rassembleur, mais cette posture masque mal les tractations en coulisses. Le ralliement des députés de la majorité semble moins spontané que dirigé, dans une logique de verrouillage plutôt que de consensus.
Pour de nombreux analystes, cette montée en puissance d’Aimé Boji illustre une reconfiguration du leadership institutionnel, mais aussi une volonté de la haute hiérarchie politique de verrouiller les espaces de débat. Le départ de Kamerhe, figure parfois jugée trop indépendante, ouvre la voie à une présidence parlementaire plus docile.
Le profil de Boji, bien que expérimenté, ne fait pas l’unanimité. Sa capacité à diriger une chambre basse en quête de stabilité reste sujette à caution. Certains y voient une tentative de faire passer en force les réformes et orientations de l’Union sacrée, quitte à marginaliser les voix discordantes.
Cette transition, loin d’être anodine, révèle un malaise plus profond : celui d’une démocratie parlementaire où les postes clés deviennent des instruments de contrôle plutôt que des espaces de débat. Le cas Boji illustre une tendance à la personnalisation du pouvoir, où les alliances priment sur les compétences, et où les équilibres institutionnels sont redessinés au gré des intérêts du sommet.
Emmanuel Abayuwe

