Alors que la République démocratique du Congo affiche une volonté résolue d’accélérer son développement et d’attirer les capitaux étrangers, une faille structurelle menace les fondements de notre souveraineté économique : la vulnérabilité de notre système bancaire face au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Dans une tribune incisive, Maître Rossy Mantobo Bikundu appelle à une mobilisation nationale pour transformer nos banques en bastions de transparence et de rigueur.
Depuis octobre 2022, la RDC est inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une sanction qui place notre pays sous surveillance renforcée. Sur les 23 mesures correctives exigées, moins de 60 % ont été pleinement mises en œuvre. Si ce retard persiste, le basculement vers la liste noire deviendrait inévitable, avec des conséquences désastreuses : isolement financier, perte de correspondants bancaires, chute des investissements directs étrangers, et suspicion généralisée sur nos transactions internationales.
Selon Maître Mantobo, il ne s’agit pas d’une simple alerte technique, mais d’une mise en garde sur notre capacité à rester connectés au système financier mondial.
Il souligne que, malgré les rappels de la Banque centrale du Congo, le seuil légal de 10 000 USD pour les paiements en espèces est régulièrement violé. Certaines banques invoquent des dérogations liées à l’insuffisance de services dans certaines zones, mais cette tolérance affaiblit la traçabilité des flux financiers et ouvre la porte à l’argent sale.
L’omniprésence du cash, conjuguée à la prédominance du secteur informel, transforme nos établissements bancaires en vecteurs involontaires de capitaux illicites. Ce phénomène mine la crédibilité du système et compromet la sécurité économique du pays.
Maître Mantobo précise que les conséquences de cette porosité sont multiples et graves, notamment :
– Perte de recettes fiscales par évasion et blanchiment
– Concurrence déloyale entre entreprises honnêtes et celles alimentées par des fonds illicites
– Dégradation de la réputation internationale du pays
– Risque de sanctions et de retrait des partenaires bancaires étrangers
Un État qui ne maîtrise pas ses flux monétaires est un État affaibli. La souveraineté financière est le socle de toute indépendance politique et économique.
Une feuille de route claire et pragmatique
1. Renforcer la rigueur bancaire
– Application stricte du principe KYC
– Contrôles accrus pour les personnes politiquement exposées
– Respect absolu du seuil légal de 10 000 USD
2. Moderniser et tracer les flux financiers
– Digitalisation accélérée des paiements
– Systèmes d’alerte pour les transactions suspectes
– Interconnexion entre les institutions financières, fiscales et judiciaires
3. Sanctionner et responsabiliser
– Sanctions rapides et publiques pour les banques défaillantes
– Rapports réguliers sur l’application des normes AML/CFT
– Appui technique des partenaires internationaux
Le temps n’est plus aux discours. Chaque jour de retard dans la mise en conformité affaiblit notre crédibilité et notre avenir économique. Sauver nos banques, c’est sauver notre capacité à négocier avec le monde, à financer nos priorités nationales et à bâtir une économie compétitive.
La transformation de nos ressources naturelles en prospérité durable passe par une réforme profonde de notre système bancaire. Il est temps de faire de nos banques les bastions de transparence, d’intégrité et de souveraineté dont notre avenir dépend.
